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Illustration
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La capitulation de
1870 et la République
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La
capitulation de Napoléon III à Sedan le 2
septembre 1870 est un choc immense. L’armée impériale est
détruite, l’empereur est fait prisonnier, la France est
humiliée. Paris apprend la nouvelle dans la stupeur :
l’Empire s’effondre en quelques heures. Le 4 septembre, la
foule envahit le Palais Bourbon, puis l’Hôtel de
Ville. Les républicains proclament la République,
formant le Gouvernement de la Défense nationale
autour de Léon Gambetta, Jules Favre, Jules
Ferry, Trochu. La République naît donc dans
l’urgence, sans Constitution, sans élections, dans un climat
de guerre et de panique. Elle doit à la fois gouverner,
défendre Paris, et négocier avec la Prusse. La capitulation
militaire entraîne une explosion politique.
La situation
est catastrophique. Paris est assiégé par les troupes de
Bismarck. La famine s’installe, le froid, les
bombardements, les maladies. Le peuple souffre, mais reste
déterminé. Les Parisiens veulent continuer la guerre,
refuser la défaite, défendre la République. Les républicains
modérés, eux, cherchent une paix rapide pour éviter
l’effondrement total. Cette divergence crée une fracture
profonde entre Paris et le gouvernement, entre
les républicains radicaux et les républicains
modérés. La capitulation militaire devient une
capitulation politique.
Le 28
janvier 1871, le gouvernement signe l’armistice avec
la Prusse. Pour les Parisiens, c’est une trahison. Ils ont
résisté 131 jours, mangé des chevaux, des chiens, des rats,
subi les obus, et on leur impose la défaite. Les élections
de février 1871 donnent une majorité écrasante aux
monarchistes, favorables à la paix, hostiles à Paris,
hostiles aux républicains avancés. L’Assemblée siège à
Bordeaux, puis à Versailles, loin de la capitale,
comme pour se protéger du peuple. Le gouvernement de
Thiers accepte les conditions humiliantes de la Prusse :
indemnité colossale, occupation militaire, perte de
l’Alsace‑Lorraine. Pour Paris, c’est un affront
insupportable.
La
République née en 1870 est donc une République fragile,
divisée, contestée. Elle est républicaine dans les mots,
mais dominée par des monarchistes dans les faits. Elle est
nationale, mais rejetée par Paris. Elle est légale, mais
illégitime aux yeux des classes populaires. La capitulation
de 1870 crée un vide politique que la République ne parvient
pas à combler. Ce vide, cette colère, cette humiliation,
cette fracture entre Paris et Versailles, entre le peuple et
les élites, entre la guerre et la paix, conduisent
directement à l’explosion du 18 mars 1871: la
Commune de Paris. |
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Paris : une
poudrière
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Paris
devient une poudrière dès la capitulation de Sedan.
La chute de Napoléon III, la proclamation improvisée
de la République, l’arrivée du Gouvernement de la
Défense nationale créent un vide politique. La capitale
est assiégée par les troupes de Bismarck, plongée
dans la famine, le froid, les bombardements. Les Parisiens
mangent des chevaux, des chiens, des rats. La souffrance
nourrit la colère. Le peuple accuse les élites de lâcheté,
les généraux d’incompétence, les ministres de mensonge. La
ville se remplit de milices, de gardes nationaux, de clubs
politiques, de journaux enflammés. Les quartiers populaires
— Belleville, La Villette, Montmartre —
deviennent des foyers révolutionnaires. Paris est armé,
politisé, affamé, humilié : une poudrière prête à exploser.
La fracture
entre Paris et le gouvernement s’aggrave avec l’armistice
du 28 janvier 1871. Pour les Parisiens, c’est une
trahison. Ils ont résisté 131 jours, et Versailles accepte
la défaite. Les élections de février donnent une majorité
monarchiste, hostile à Paris, hostile à la République
radicale. L’Assemblée s’installe à Bordeaux, puis à
Versailles, loin du peuple. Paris se sent abandonné,
méprisé, puni. Les gardes nationaux refusent de rendre les
canons payés par souscription populaire. Les clubs
révolutionnaires appellent à défendre la République contre
Versailles. La tension monte, les rues grondent, les
affiches s’enflamment. Paris devient un volcan politique.
La misère
sociale transforme la capitale en poudrière sociale. Les
ouvriers sont sans travail, les ateliers fermés, les
salaires effondrés. Les femmes jouent un rôle central :
elles organisent les secours, les cantines, les comités
révolutionnaires. Les quartiers populaires réclament
justice, dignité, République sociale. Les bourgeois, eux,
veulent l’ordre, la paix, la fin du chaos. La ville est
divisée en deux mondes qui ne se parlent plus. Les clubs
révolutionnaires, les comités de vigilance, les
journaux radicaux alimentent la colère. Paris est une
ville où chaque rue peut devenir une barricade.
La poudrière
devient explosive lorsque Adolphe Thiers ordonne la
saisie des canons de Montmartre le 18 mars 1871. Les
soldats refusent de tirer sur la foule, les généraux sont
arrêtés, les femmes s’interposent, les gardes nationaux se
soulèvent. Paris chasse les autorités, les ministres fuient
à Versailles. La capitale, déjà affamée, humiliée, armée,
politisée, bascule dans l’insurrection. La Commune de
Paris naît de cette explosion.
Paris n’est
donc pas une poudrière par hasard : c’est le résultat d’un
siège, d’une famine, d’une humiliation
nationale, d’une fracture politique, d’une
misère sociale, d’une ville armée, d’un peuple
radicalisé, d’un gouvernement retranché à Versailles.
Une combinaison parfaite pour l’insurrection. |
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500.000 armes et
227 canons
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Les 500
000 armes et les 227 canons sont ceux de la
Garde nationale, force citoyenne réorganisée pendant le
siège de Paris. Les Parisiens, affamés, bombardés, humiliés,
ont payé eux‑mêmes une partie de ces armes par
souscription populaire. Les canons, notamment ceux de
Montmartre, Belleville, La Villette, sont
considérés comme la propriété du peuple. Le gouvernement de
Thiers, installé à Versailles, voit dans cette
masse armée une menace directe. Paris possède une force
militaire autonome, radicalisée, politisée, hostile à la
capitulation. Les quartiers populaires sont surarmés, les
clubs révolutionnaires en ébullition, les comités de
vigilance omniprésents. Les 500 000 fusils signifient
que chaque rue peut devenir une barricade. Les 227 canons
signifient que Paris peut résister à Versailles. La ville
n’est plus seulement une poudrière : elle est une forteresse
révolutionnaire.
Le
gouvernement veut reprendre le contrôle. Le 18 mars 1871,
Thiers ordonne la saisie des canons de Montmartre. C’est
l’étincelle. Les soldats refusent de tirer sur la foule, les
femmes s’interposent, les généraux Lecomte et
Clément‑Thomas sont arrêtés. La Garde nationale se
soulève, Paris chasse les autorités, Versailles fuit. Les
500 000 armes deviennent l’armée de la Commune. Les
227 canons deviennent son symbole. Sans cet arsenal
gigantesque, la Commune n’aurait jamais pu naître. Sans ces
armes, Paris n’aurait pas pu défier Versailles. Sans ces
canons, la fracture politique n’aurait pas explosé.
Ces chiffres
ne sont pas seulement militaires : ils sont politiques. Ils
montrent une capitale armée, autonome, humiliée, prête à
défendre la République contre un gouvernement jugé
illégitime. Ils expliquent pourquoi Paris devient un volcan.
Ils expliquent pourquoi Versailles choisit la guerre civile.
Ils expliquent pourquoi la Commune dure 72 jours. 500 000
armes et 227 canons, c’est la matérialisation de la
colère, de la faim, de la défaite, de la République trahie.
C’est la Commune en gestation. |
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Le Conseil de la
Commune
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Le Conseil
de la Commune est élu le 26 mars 1871 par les
Parisiens. Il réunit 92 membres, issus des quartiers
populaires, des clubs révolutionnaires, de la Garde
nationale, des milieux ouvriers, des journalistes, des
intellectuels. On y trouve des figures majeures comme
Louis Rossel, Charles Delescluze, Gustave
Flourens, Édouard Vaillant, Félix Pyat,
Arthur Arnould, Théophile Ferré, Léo Frankel.
Le Conseil n’est pas un parlement classique : c’est un
gouvernement collectif, sans chef unique, sans président,
sans hiérarchie rigide. Il incarne la volonté de rompre avec
le pouvoir vertical de Versailles et de Thiers.
Le Conseil
se divise en commissions, véritables ministères
révolutionnaires : Guerre, Finances,
Justice, Instruction, Travail,
Subsistances, Relations extérieures, Sécurité
générale. Chaque commission est dirigée par un élu,
responsable devant le Conseil. La Commission de la Guerre,
dirigée par Rossel puis Delescluze, organise
la défense de Paris. La Commission du Travail, avec
Léo Frankel, prépare des réformes sociales majeures.
La Commission de l’Instruction, avec Vaillant,
lance la laïcisation de l’école. Le Conseil fonctionne en
assemblée permanente, votant des décrets presque chaque
jour.
Les décrets
du Conseil sont nombreux et symboliques. Il proclame la
séparation de l’Église et de l’État, la gratuité de
la justice, la suppression des amendes patronales,
la réquisition des ateliers abandonnés, la
laïcisation des écoles, l’interdiction du travail de
nuit dans les boulangeries, la remise des loyers
impayés, la liberté de la presse, l’égalité
des salaires pour les fonctionnaires. Le Conseil veut
créer une République sociale, démocratique, ouvrière,
municipale. Il incarne l’idée d’une France gouvernée par ses
communes libres, fédérées entre elles. C’est le cœur du
projet communaliste.
Le
Conseil est aussi un organe militaire. Il doit défendre
Paris contre l’armée de Versailles. Les débats sont
violents : faut‑il attaquer Versailles ou attendre ? Faut‑il
centraliser le commandement ou laisser les fédérés agir
librement ? Les divisions affaiblissent la défense. Le
Conseil manque d’expérience militaire, de discipline,
d’unité. La guerre civile s’intensifie. Les canons de
Montmartre, les barricades de Belleville, les fédérés de la
Villette deviennent les symboles de la résistance.
Le
Conseil est enfin un organe politique fragile. Il est
divisé entre jacobins centralisateurs, blanquistes
insurrectionnels, proudhoniens fédéralistes,
internationaux socialistes. Ces divergences ralentissent
les décisions. Mais malgré ses faiblesses, le Conseil de la
Commune reste l’une des expériences politiques les plus
audacieuses du XIXᵉ siècle : un gouvernement populaire, élu,
social, laïque, égalitaire, né dans la guerre et la misère,
détruit dans le sang pendant la Semaine sanglante.
Le
Conseil de la Commune n’est donc pas seulement une
assemblée révolutionnaire : c’est un laboratoire
politique, un gouvernement social, une
expérience démocratique radicale, un symbole de la
souveraineté populaire face à Versailles. |
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La réaction du
gouvernement
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Le
gouvernement d’Adolphe Thiers, installé à
Versailles, réagit à l’insurrection du 18 mars 1871
avec une hostilité absolue. Pour Thiers, la Commune n’est
pas un pouvoir politique mais une rébellion armée. Il
refuse de reconnaître les élections du Conseil de la
Commune, refuse tout dialogue, refuse toute médiation.
Sa priorité est claire : désarmer Paris, reprendre
les 500 000 fusils, récupérer les 227 canons,
restaurer l’autorité de l’État. Thiers ordonne le retrait de
toutes les administrations vers Versailles, laissant Paris
isolé, sans institutions nationales. Il fait arrêter les
maires républicains modérés, ferme les journaux favorables à
la Commune, coupe les communications. Versailles transforme
Paris en ennemi intérieur.
Thiers
réorganise immédiatement l’armée. Il rappelle les troupes
libérées par la Prusse, réintègre les officiers
monarchistes, renforce les régiments fidèles. Il obtient de
Bismarck l’autorisation d’utiliser les soldats
prisonniers libérés pour combattre Paris. La Prusse, qui
occupe encore une partie du territoire, laisse passer les
troupes versaillaises. C’est un élément capital : la Commune
doit affronter une armée nationale soutenue indirectement
par l’ennemi extérieur. Thiers concentre ses forces à
Versailles, Sèvres, Meudon, Rueil,
préparant l’encerclement de la capitale.
La réaction
politique est tout aussi violente. L’Assemblée monarchiste
vote des lois d’exception, déclare les insurgés hors‑la‑loi,
autorise les tribunaux militaires. Les journaux versaillais
parlent de “bandits”, de “fous”, de “criminels”. Thiers mène
une guerre psychologique : il accuse la Commune de vouloir
détruire la France, de massacrer les otages, de brûler
Paris. Il cherche à isoler la capitale, à rallier les
provinces, à présenter Versailles comme le seul pouvoir
légitime. La fracture entre Paris et le reste du pays
devient totale.
La réaction
militaire se durcit dès avril. Les troupes versaillaises
attaquent Courbevoie, Neuilly, Asnières,
testant la résistance des fédérés. Les combats sont
violents, les bombardements constants. Thiers veut épuiser
Paris, briser son moral, affamer ses quartiers populaires.
La Commune résiste, mais manque d’officiers, de discipline,
de coordination. Versailles avance méthodiquement. Le
gouvernement prépare déjà la phase finale : l’assaut
général, la reconquête rue par rue, la destruction des
barricades, la reprise de Paris par la force.
La réaction
du gouvernement n’est donc pas une tentative de
négociation : c’est une stratégie de guerre civile,
pensée, assumée, organisée. Thiers veut écraser la Commune,
restaurer l’ordre, sauver l’État, protéger l’Assemblée
monarchiste, et empêcher toute République sociale. Cette
réaction conduit directement à la Semaine sanglante,
où l’armée versaillaise entre dans Paris et massacre des
milliers de fédérés. |
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La "semaine
sanglante" et la fin de la Commune
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La “Semaine
sanglante” commence le 21 mai 1871, lorsque les
troupes de Versailles, commandées par Mac‑Mahon,
entrent dans Paris par la porte de Saint‑Cloud,
presque sans résistance. La Commune, mal organisée, divisée,
n’a pas anticipé l’infiltration. Les fédérés se replient
vers les quartiers populaires. Dès le 22 mai, les combats
deviennent urbains : barricades improvisées, rues
transformées en forteresses, maisons percées pour tirer
d’une pièce à l’autre. Les quartiers de l’Ouest tombent
rapidement, mais l’Est — Belleville, Ménilmontant,
La Villette, Montmartre — résiste avec
acharnement. Les fédérés, les femmes des quartiers ouvriers,
les enfants même, participent à la défense. Paris devient un
champ de bataille.
La
répression versaillaise est immédiate et systématique. Les
soldats fusillent les prisonniers sur place, sans jugement.
Les otages, dont l’archevêque Georges Darboy, sont
exécutés par des communards dans la confusion des combats,
ce qui renforce la fureur de Versailles. Les combats se
concentrent autour des grandes barricades de la rue de
Rivoli, de la place de la Bastille, de la rue
du Faubourg‑Saint‑Antoine, de Belleville. Les
fédérés se battent jusqu’à la dernière cartouche. Charles
Delescluze, délégué à la Guerre, monte sur une barricade
en redingote, sans armes, pour mourir avec les insurgés. La
Commune s’effondre mais refuse de se rendre.
Les
incendies marquent la fin de la Commune. Les communards,
pour ralentir l’avancée versaillaise, brûlent des bâtiments
symboliques : les Tuileries, l’Hôtel de Ville,
le Palais de Justice, la Préfecture de Police.
Les Versaillais accusent la Commune de vouloir détruire
Paris, mais les incendies sont surtout des actes désespérés
de résistance. La ville est noyée dans la fumée, les obus,
les cris, les exécutions. Le Père‑Lachaise devient le
dernier bastion : les fédérés y sont encerclés, fusillés
contre le Mur des Fédérés, devenu symbole de la
répression.
La fin de la
Commune est un massacre. Entre 15 000 et 20 000
Parisiens sont tués en une semaine, selon les historiens
modernes. Des milliers d’autres sont arrêtés, déportés en
Nouvelle‑Calédonie, emprisonnés, condamnés aux travaux
forcés. Louise Michel, Théophile Ferré, Léo
Frankel, Élisée Reclus figurent parmi les
survivants jugés. Versailles rétablit l’ordre par la
terreur. La République conservatrice de Thiers sort
victorieuse, mais profondément marquée par la violence
qu’elle a elle‑même déclenchée.
La “Semaine
sanglante” n’est donc pas seulement la fin militaire de la
Commune : c’est une purge politique, une vengeance
sociale, une fracture nationale. Elle scelle la
défaite de la République sociale et l’avènement d’une
République d’ordre. Elle laisse une mémoire durable, un
mythe, une blessure, un symbole de lutte et de sacrifice. |
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Louise Michel
(1830-1905)
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Louise
Michel est d’abord une
militante révolutionnaire avant la Commune. Issue
d’un milieu modeste, institutrice passionnée, elle fréquente
les cercles républicains avancés, les clubs politiques, les
sociétés d’entraide. Admiratrice de Blanqui, proche
des socialistes, elle défend les pauvres, les femmes, les
enfants. Lorsque éclate la Commune, elle s’engage
immédiatement. Elle rejoint la Garde nationale, porte
les armes, organise les ambulances, dirige des comités de
vigilance. Elle devient une figure de Montmartre,
quartier clé de l’insurrection. Le 18 mars 1871, lors de la
tentative de saisie des canons, elle est en première ligne,
galvanisant la foule, empêchant les soldats de tirer. Son
rôle dans le déclenchement de la Commune est décisif.
Pendant la
Commune, Louise Michel est partout. Elle siège dans les
comités révolutionnaires, participe aux clubs où
elle prononce des discours enflammés, réclame la défense
totale de Paris, demande à aller au front. Elle organise
des écoles laïques, soutient les réformes sociales du
Conseil de la Commune, défend les droits des femmes,
réclame l’égalité politique. Elle se bat sur les barricades
de Clignancourt, de Montmartre, de La
Chapelle. Elle soigne les blessés, transporte les
munitions, encourage les fédérés. Elle incarne la Commune
dans sa dimension populaire, féminine, combattante. Pour les
Versaillais, elle devient un symbole dangereux ; pour les
communards, une héroïne.
Lors de la
Semaine sanglante, Louise Michel refuse de fuir. Elle
combat jusqu’au bout, puis se rend pour protéger sa mère.
Arrêtée, elle est jugée par le tribunal militaire de
Versailles. Son procès devient un moment historique. Elle
revendique tout, assume tout, défie les juges. Sa phrase
célèbre — « Si vous n’êtes pas des lâches, vous me tuerez »
— marque les esprits. Elle demande à être déportée avec les
autres communards. Elle est condamnée à la déportation en
Nouvelle‑Calédonie. Là‑bas, elle continue d’enseigner,
de militer, de défendre les Kanaks, qu’elle soutient dans
leurs révoltes. Elle devient une figure internationale de la
lutte contre l’oppression.
Après
l’amnistie de 1880, Louise Michel revient en France et
reprend immédiatement son combat. Elle parcourt le pays,
donne des conférences, écrit, soutient les grèves, défend
les anarchistes, les ouvriers, les femmes. Elle devient
l’une des grandes voix du mouvement anarchiste, tout
en restant fidèle à la mémoire de la Commune. Jusqu’à sa
mort en 1905, elle incarne la résistance, la justice
sociale, la révolte contre l’injustice. Sa tombe au
cimetière de Levallois‑Perret devient un lieu de
pèlerinage.
Louise
Michel n’est donc pas seulement une communarde : elle est
une figure politique majeure, une combattante,
une pédagogue, une révolutionnaire, une
symbole de courage, une mémoire vivante de la Commune.
Son rôle dépasse l’événement : il devient un mythe. |
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Adolphe Thiers
(1797-1877)
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Thiers est
nommé chef du pouvoir exécutif par l’Assemblée
nationale en février 1871. Monarchiste opportuniste, hostile
à la République sociale, il voit dans Paris une menace
politique. Pour lui, la Commune n’est pas un gouvernement
mais une insurrection armée. Dès le 18 mars, il
ordonne la saisie des canons de Montmartre, provoquant
l’explosion de l’insurrection. Il retire les administrations
à Versailles, coupe les communications, arrête les
maires modérés, refuse tout dialogue avec le Conseil de
la Commune. Thiers transforme Paris en ville rebelle
à reconquérir.
Son rôle
militaire est déterminant. Il réorganise l’armée, affaiblie
par la guerre contre la Prusse. Il rappelle les troupes
libérées, réintègre les officiers monarchistes, obtient de
Bismarck l’autorisation d’utiliser les prisonniers
français libérés pour combattre Paris. La Prusse laisse
passer les régiments versaillais, ce qui donne à Thiers une
force considérable. Il concentre ses troupes à Versailles,
Sèvres, Meudon, prépare l’encerclement de la
capitale. Il lance les premières attaques à Courbevoie,
Neuilly, Asnières, testant la résistance des
fédérés. Thiers mène une guerre méthodique, progressive,
implacable.
Son rôle
politique est tout aussi essentiel. Il mène une campagne de
propagande contre la Commune, la décrivant comme un repaire
de “bandits”, de “fous”, de “criminels”. Les journaux
versaillais alimentent la peur. L’Assemblée monarchiste vote
des lois d’exception, autorise les tribunaux militaires,
déclare les insurgés hors‑la‑loi. Thiers cherche à isoler
Paris, à rallier les provinces, à présenter Versailles comme
le seul pouvoir légitime. Il incarne la République
conservatrice, hostile aux réformes sociales, déterminée
à restaurer l’ordre.
La
Semaine sanglante est l’aboutissement de sa stratégie.
Du 21 au 28 mai 1871, les troupes de Mac‑Mahon
reconquièrent Paris rue par rue. Les exécutions sommaires se
multiplient. Les fédérés sont fusillés sans jugement. Les
otages, dont l’archevêque Georges Darboy, sont
exécutés dans la confusion des combats. Les incendies
ravagent les Tuileries, l’Hôtel de Ville, la Préfecture. Le
Père‑Lachaise devient le dernier bastion. Thiers
ordonne une répression totale. Entre 15 000 et 20 000
Parisiens sont tués. Des milliers d’autres sont déportés en
Nouvelle‑Calédonie ou emprisonnés. La Commune est
écrasée.
Après la
Commune, Thiers devient le fondateur de la Troisième
République, mais une République d’ordre, conservatrice,
hostile aux mouvements populaires. Il stabilise les
finances, négocie le retrait des troupes prussiennes,
renforce les institutions. Mais son nom reste associé à la
répression de 1871. Pour les républicains radicaux, les
socialistes, les communards, Thiers est le bourreau de
Paris. Pour les conservateurs, il est le sauveur de
l’État.
Le rôle
d’Adolphe Thiers est donc double : stratège politique,
chef militaire, fondateur de la République d’ordre,
mais aussi responsable de la répression la plus sanglante
du XIXᵉ siècle. Une figure essentielle, controversée,
incontournable de 1871. |
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"La Commune" de
Jean Ferrat
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La chanson
raconte d’abord l’espoir de la Commune, née le 18
mars 1871. Ferrat évoque Paris insurgé, les quartiers
populaires, les fédérés, les femmes de Montmartre, les
canons payés par souscription. Il montre une ville qui veut
une République sociale, laïque, égalitaire. Il
célèbre les figures comme Louise Michel,
Delescluze, Vaillant, les anonymes qui montent
aux barricades. Le ton est fraternel, lumineux, fidèle à
l’idéal révolutionnaire. Ferrat rappelle que la Commune
n’est pas un chaos mais un projet : école laïque, séparation
de l’Église et de l’État, justice gratuite, réformes
sociales. Il réhabilite un épisode longtemps caricaturé. Il
chante aussi la répression, la violence de Thiers,
l’armée de Versailles, les fusillades, les exécutions
sommaires.
Il évoque la Semaine sanglante, les rues
transformées en charniers, les fédérés tombés contre le
Mur des Fédérés. Ferrat dénonce l’oubli, le silence, la
calomnie. Il rappelle que les communards ont été traités de
“bandits”, de “fous”, de “criminels”, alors qu’ils
défendaient un idéal de justice. Il cite parfois des images
fortes, comme «ceux qui vivaient debout», pour montrer la
dignité des insurgés. La chanson est un acte de mémoire
politique. Ferrat refuse que la Commune soit effacée. Il
rend hommage aux vaincus, aux anonymes, aux femmes, aux
ouvriers, aux intellectuels. Il inscrit la Commune dans une
longue histoire de luttes sociales.
Il montre que l’idéal communaliste survit, qu’il inspire
encore les combats pour l’égalité. Ferrat ne fait pas un
récit neutre : il prend parti. Il défend les communards,
accuse Versailles, dénonce la violence d’État. Il s’inscrit
dans la tradition de la chanson engagée, fidèle à ses
convictions humanistes et sociales. “La Commune” est une
chanson de mémoire, de justice, de
résistance, un hommage aux vaincus de l’histoire. |
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